Interview dans "Discipline"

- Depuis combien de temps pratiquez-vous le SM?
- Salomé: depuis mai 1995.

- Qu'est-ce qui a tout déclenché?
- J-P: il y a eu prise de conscience d'une recherche complémentaire. Salomé avait un besoin de soumission et moi, de domination.
Salomé: on a eu une grande discussion entre ce que l'on cherchait I'un et l'autre car on vivait une relation très conflictuelle. Nous ne pouvions pas vivre ensemble et vivre l'un sans l'autre. On a essayé de comprendre pourquoi et puis, en parlant, on a découvert que nous étions très attirés par des relations de domination soumission. On a donc décidé d'essayer.

-Comment avez-vous découvert que ça vous plaisait ?
- J-P: En essayant ! on s'est rendu compte qu'on aimait ça. C'est quelque chose de très fantasmant, dans lequel on s'accomplit. Quand quelque chose plaît et séduit, on continue.

-Quelles sont vos pratiques? Est-ce que vous avez des scénarios ?
- J-P: Rien de typé, on aime bien scénariser à chaque fois différemment. Lorsqu'on organise quelque chose entre nous, ou avec des personnes extérieures, on essaye à chaque fois de trouver un thème différent, une situation nouvelle.

-Peux-tu nous donner des exemples de soirées types que vous organisez ?
- JP : Pour ses vingt-trois ans, Salomé a été marquée au fer.

-Ca c'est déroulé comment ?
- J-P : Très bien, surtout pour elle! On était environ une trentaine d'amis, c'était le but de la soirée, tout le monde était venu dans cette attente et, à la fin de la soirée, vers trois heure du matin, ça a été l'apothéose, le bouquet final. Elle s'est agenouillée devant moi et l'officiant, c'est à dire la personne qui allait la marquer était derrière avec un fer. J'ai pris Salomé, l'ai serré contre moi et c'est à ce moment là qu'elle a été marquée.

-Plaisir ou souffrance ?
- Salomé : C'est quelque chose que j'ai demandé à mon Seigneur et Maître il y a très longtemps, j'ai attendu deux ans pour avoir ce marquage. J'en suis extrêmement fière.

- Avez-vous d'autres exemples de soirées ?
- Salomé : Aucune soirée ne se ressemble, on a donc autant d'exemples qu'il y a de soirées dans notre histoire S.M. Il y a des grandes messes qui correspondent à des événements particuliers, quand on se retrouve avec un petit cercle d'amis, très proches de nos pratiques. On fête toujours le jour de l'an ensemble, nos anniversaires la pose d'un anneau… Sinon, les séances qu'on fait plus traditionnellement sont à chaque fois uniques car l'effet de surprise est très important. L'excitation est augmentée du fait que je ne sais pas ce qui va m'arriver.

Que pratiquez-vous le plus ? Bondage ? Fouet? Martinet…?
- J-P : Il vaux mieux parler de ce que l'on ne fait pas, ça ira plus vite. La scatologie ne nous branche vraiment pas. Sinon, on a exploré toutes les facettes. Il y en a qui nous ont donnés plus de plaisir que d'autres. Personnellement je suis un grand fanatique de bondage, je me débrouille pas trop mal et j'ai la chance d'avoir une soumise qui partage avec moi ce plaisir, elle subissant, moi, agissant. C'est assez fabuleux car on se retrouve dans une symbiose totale. On peut être dans une soirée avec 30 personnes, je commence à jouer des cordes avec Salomé et on est complètement coupés du reste, on s'isole, on est dans notre sphère.

- Salomé: La confiance est l'élément indispensable à ce genre de jeu. Lorsque j'ai les yeux bandés, les mains attachées, les pieds liés, que je ne peux plus bouger, que je ne sais pas ce qui va passer et que, d'un seul coup, je m'élève dans les airs parce que mon seigneur et maître a décidé de faire une suspension si je n'ai pas confiance en lui, il vaut mieux ne pas faire ce genre de choses. Ça me paraît être une évidence, comme le fait que mon maître doit connaître mes réactions pour éviter le moindre faux pas, que le jeu dérape et que l'on aille vers l'accident. Il y a une grande confiance entre nous, C'est indispensable pour aller plus loin sans prendre de risques inutiles.

- Quelle est votre vie au quotidien?
- J-P: Salomé observe en permanence un certain rituel, le plus évident c'est le vouvoiement, y compris lorsqu'il y a des gens avec nous, même ceux qui ne sont pas dans le jeu. une seule exception, ceux qui nous ont connus avant, lorsque qu'on se tutoyait, pour ne pas les choquer.

- Salomé: Autre chose, je ne quitte jamais mon collier, hormis pour ma toilette, je ne croise jamais mes jambes, je salue mon maître à genou le matin et le soir en lui baisant la main ou le pied selon son envie. Ce sont des petites choses qui permettent de garder avec discrétion un univers qui à trait à nos jeux et cela sans choquer la famille ou les amis. On peut garder cet univers S.M sans en faire un étalage ostentatoire. Le fait de ne pas croiser les jambes ça ne se remarque pas, personne ne m'a jamais dit: "Tiens, tu ne croises pas tes jambes ?" Et pourtant moi ça me permet de rester en condition tout le temps.

- Qu'est-ce que cette relation apporte de positif ?
- Salomé: si l'on n'avait pas vécu le SM, on ne serait plus ensembles, mais on ne le reste pas uniquement à cause de ça. Disons qu'on avait une vie de couple très mouvementée, on n' arrêtait pas de se disputer, de se monter l'un contre l'autre et en fait, Je provoquais énormément J-P, je cherchais à le pousser à bout, à le faire réagir. Dans notre Éducation, quand une jeune femme pousse vraiment à bout, il y a le geste qui commence à partir mais on ne frappe pas une femme, c'est pas quelque chose qui se fait. Et moi en fait, je n'attendais que ça. C'est quelque chose que je recherche, dont j'ai envie, que je veux vivre, car je ne veux pas d'une sexualité normale, je porte ça en moi, et lui c'est quelque chose dont il a envie aussi, non par vengeance ou pour décharger une certaine violence, mais parce que ça m'excite. Une fois que ça a été clair entre nous, tout est allé très bien. Je n'avais plus besoin de provoquer. J-P n'avait plus besoin de se maîtriser pour décharger le trop plein de violence qu'il avait en lui sur moi, puisque je lui avais donné l'autorisation. Ça nous a grandement apaisé, ça a renforcé notre amour. Ca lui a permis de s'exprimer pleinement.

- Tu as toujours recherché cette soumission?
- Salomé: Oui, mais sans vraiment savoir ce que je cherchais. J'ai eu pas mal d'expériences dites annexes. J'ai fréquenté les clubs échangistes avant de connaître J-P, mais je savais que ce n'était pas ma recherche ultime. Je n'arrivais pas à déterminer ce dont j'avais envie et ce qui pouvait m'apaiser. Le déclic s'est fait avec J-P lorsqu'on a essayé pour la première fois le martinet, j'ai su que c'était ça. Je n'ai jamais changé d'avis depuis.

- Dans ton enfance, tenais-tu tête à tes parents ou professeurs ?
- Salomé: Je ne veux pas faire de psychologie de base mais j'ai toujours aiguillonné mon père pour qu'il réagisse, pour qu'il fasse preuve d'autorité, parce qu'il n'avait jamais porté la culotte à la maison et moi, j'avais envie qu'il me montre une image de père, d'homme. C'est vrai que je lui en ai fait voir de toutes les couleurs, mais il n'a jamais répondu à mon attente. Quand j'ai rencontré J-P, j'ai appliqué la même recette, sauf que lui m'a apporté la réponse que j'attendais.

- Au moment où il a fallu que tu la domines, t'es-tu forcé ?
- J-P: Je me suis beaucoup forcé au départ, aussi curieux que ça puisse paraître. Problème d'éducation, mauvaise image de ce que pouvait être le S.M, donc aucun intérêt. Et puis, j'ai été confronté à un choix cornélien: soit je plongeais avec Salomé dans ce jeu, soit on se séparait, et comme la deuxième hypothèse ne me plaisait pas, j'ai choisi la première Bon, on y va ! Effectivement après, ça m'a beaucoup plu !

- Cela ne pose pas de problèmes vis-à-vis de votre entourage ?
- J-P: Pratiquement tout le monde sait que nous sommes S.M, même les parents de Salomé. C'est quelque chose dont on ne parle quasiment jamais, et quand ses parents ont su quels étaient nos jeux, ils sont passés à un autre sujet de conversation. Depuis, on n' a plus jamais abordé la question.

- Salomé: on ne s'en cache pas mais l'on n'en fait pas étalage, on ne va pas chercher la provocation Quand on sait que quelqu'un vient, on évite de laisser traîner quoique ce soit. On garde une attitude normale. Et les personnes qui sont au courant mais qui ne partagent pas nos jeux sont bien plus gênées que nous pour aborder le sujet. A la limite, s'ils étaient prêts à nous poser des questions, on leur répondrait.

- Y-a t-il des gens dédaigneux vis à vis de vous ?
- J-P: Les 3/4 sont interrogatifs et se posent mille questions: pourquoi ils font ça? Qu'est-ce que ça leur apporte?…
- Salomé: Surpris, intrigués, c'est surtout une grande incompréhension, ils ne veulent pas en savoir plus.

- Vis-à-vis de votre fille, comment envisagez-vous les choses ?
- J-P: Il va falloir faire très attention, ne rien laisser traîner.
- Salomé : Ce qui me dérange le plus, c'est le vouvoiement entre J-P et moi et le fait que lui, au contraire, me dise tu. J'ai peur qu'elle me demande pourquoi, effectivement je ne sais pas encore ce que je lui répondrai.

Y-a t'il des personnes qui rentrent dans votre jeu ?
- J-P : Oui, mais c'est assez rare. Sauf si quelqu'un nous plait intellectuellement dans sa démarche. Maintenant son rôle va dépendre du fait qu'il soit soumis ou dominateur.

Retour au sommaire  -  Retour à la page Média