Interview donné à Backroom.

Il y a cinq ans, Jean-Pierre rencontre sa Pygmalion sur Minitel: elle a tout juste 20 ans. Elle rêve de SM, sans vraiment savoir ce que c'est. Etre soumise sexuellement, par des amants de passage dans un parking ? Non, ce n'est pas du S.M. Jean-Pierre et son amante vont tout d'abord s'adonner à l'échangisme et vivre quelques parties carrées. Déception de ne rencontrer que des couples à qui ils n'ont rien à dire. Rien à vivre. Ne partageant pas les mêmes rêves. Que faire ? " On ne peut pas vivre ensemble, on ne peut pas vivre séparés. " Nuits d'enfer. Déchirements. Fusion charnelle. Palabres. Et la révélation. Salomé met le doigt sur son véritable fantasme: un formidable désir de soumission. Le comportement ordinairement machiste de Jean-Pierre allait-il faire de lui Ie Maître dont elle rêve ? A-t-elle senti en lui ce formidable pouvoir de domination ?

lui qui, dès l'age de 6 ans, rêvait déjà de femmes nues ! Enchainées dans des caves sombres Iivrées à sa merci Elle qui a adoré le film Angélique et Ie sultan. Particulièrement la scène où l'esclave est fouettée, nue, attachée au mat du navire. Ils tentent l'expérience. Il devient Master Mind, "Maître de I'esprit" car Ie SM est avant tout cérébral. Possédant l'esprit, on possède le corps. Master Mind parce qu'il s'agit aussi d'un jeu, malgré ses implications morales et physiques peu communes. Problème : Qu'est-ce que le S.M. ? Minitel, 3615… Un code prometteur. Première connexion, coup de chance : Master Mind dialogue avec quelqu'un connaissant bien le sujet.

Mise au point du premier scénario. Master Mind emmènera Salomé visiter une exposition dédiée au SM, à la librairie "Les Larmes d'Eros". Détail: elle portera au cou un collier de chien et sera tenue en laisse par son Maître. Splendeur et contraste de cette fille superbe au maintien fier et aux longs cheveux blonds. Et ce collier qui tranche, cuir noir sur sa peau blanche, qui outrage et qui flatte. La laisse de cuir et de métal qui les relie l'un à l'autre, qui attire Ie regard comme un aimant. Salomé subira l'épreuve avec une joie intense. En sortant, sur Ie trottoir, deux "dominas de banlieue" discutent. l 'une s'exclame avec un accent parigo: "Vise un peu la camelote qui s'casse" Master Mind et Salomé éclatent de rire: "Si c'est ça Ie SM ..."

Second contact Minitel. Avec un couple de dominateurs de Rouen. Un mot magique dans Ieur carte de visite: DONJON ! Deux syllabes qui exacerbent l'imagination de Master Mind. Il met au point son second scénario. Lorsque Salomé rentre de son travail, elle trouve une série d'enveloppes avec des instructions précises et un billet de train. Elle doit partir sur le champs. Interdiction formelle de regarder qui que ce soit dans les yeux, d'adresser la parole ou répondre à quiconque. Dans le train, un comparse a pour mission de lui faire violer ses instructions. Allait-il y parvenir ? En vain. Arrivée à Rouen, les yeux bandés, Master Mind la somme de répondre: A-t-elle obéi à ses commandements ? Oui, sur tous les points. Piteux, le complice confirme la chose. C'est alors, sans doute, que Master Mind réalise l'extraordinaire potentiel de celle qui n'est plus seulement son amante, mais aussi sa soumise. Trop douée, trop obéissante, le couple de dominateurs s'en irrite: impossible de la prendre en défaut, impossible de la punir !

De retour à Paris, Master Mind et Salomé plongent avec délice dans les jeux SM. Soumise 24 h/24, Salomé porte en permanence son collier d'esclave et doit respecter douze règles qui sont exposées sur le site Internet de Master Mind. Elle vouvoie son Maître en permanence, le salue matin et soir en s'agenouillant et en lui baisant la main. Ne croise plus jamais les jambes. Depuis quatre ans, il ne la prête plus sexuellement ce coureur de jupon invétéré ne l'a jamais trompée ! Et si, en présence d'un tiers il est Seigneur et Maître, il faut entendre avec quelle douceur elle dit "Jean-Pierre" pour comprendre à quel point ces deux-là s'aiment profondément. Salomé raffole plus particulièrement des suspensions et du bondage. Parfois, ils vont à des soirées publiques même s'ils n'y retrouvent pas toujours la sincérité et la profondeur des séances en privé. "Ceux qui ont su me faire vibrer comme mon Maître se comptent sur les doigts d'une main. Etre bêtement fouettée par un tiers ? Je m'emmerde ! Je me relève, rebelle et fières comme si rien ne s'était passé Je n'ai de plaisir que si ma volonté plie à la volonté de mon Maître, et pas seulement mon corps."

Marquée au fer rouge.

Le 8 novembre 97, c'est l'apothéose de leur amour et de leur relation SM: Salomé est marquée au fer rouge sur l'épaule. Malgré l'interdit social. Malgré la peur et la douleur. On comprend mieux l'extraordinaire force morale dont fait preuve cette soumise exemplaire. Il en faut, de la volonté et de l'intelligence, pour dépasser ainsi les tabous de notre société et refuser les valeurs qu'elle tente, généralement avec succès, de nous imposer. De fait, Salomé s'exprime avec une remarquable lucidité sur le plaisir qu'elle éprouve à être dominée, à voir toute volonté abolie pour mieux assouvir ses fantasmes.

La douleur, même pour une masochiste, n'est pas nécessairement synonyme de plaisir. Il lui faut un contexte aussi bien physique que cérébral. Après trois heures de tennis ou deux heures de musculation, votre corps est fourbu, vous avez mal. Vous avez souffert, au moins autant que si l'on vous avait infligé des coups de cravache. Et pourtant vous ressentez du plaisir. Si vous comprenez cela, la joie intense d'un sportif qui va au bout de ses possibilités physiques, alors vous pouvez commencer à comprendre le plaisir du masochisme. Quant à celui du sadisme, notre société est ainsi faite qu'il ne choque pas grand monde... Nous sommes troublés devant le masochiste et nous envions secrètement le dominateur. Sauf ceux d'entre nous qui avons su dépasser les barrières sociales pour découvrir le plaisir de la soumission, comme l'a fait Salomé, et avec quel talent !

Francis Rozange

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