"ON S'AIME COMME CA..."
La clé de mon histoire, c'est que je n 'ai jamais eu un père digne de ce nom. Mon père est quelqu'un de très effacé, qui disait amen à toutes les décisions que pouvait prendre ma mère, que ce soit au niveau de son travail, de ses enfants de sa vie de couple. Ma mère était autoritaire. Elle considérait comme dû tout ce qu'on pouvait faire pour elle. Très avare de compliments et d'encouragements.
Je n'ai jamais eu envie de me confier à eux, de leur faire part de mes angoisses, de ma peur. J'étais une enfant très solitaire, mal dans sa peau, qui accusait de nombreux kilos en trop, qui se sentait exclue. Comme je me sentais exclue, je me suis plongée dans les études. Je ne faisais que cela. Je n'avais pas d'amis, je ne sortais pas, je passais ma vie plongée dans les bouquins.
A treize ans, j'ai pris une chambre en ville pour aller au Iycée. Le fait de ne plus être sous la coupe de mes parents m'a libérée d'un grand poids à tous les sens du terme: j'ai perdu quinze kilos. En deux ans, je me suis complètement libérée et transformée.
J'ai eu mon baccalauréat avec mention à seize ans. Cette année-là, j'ai rencontré Stéphane, le premier amour de ma vie. C'était un garçon sans histoire, du même milieu social que moi, de mon âge. Homme c'était la première fois qu'un garçon s'intéressait à moi, je me suis accrochée à cette histoire comme à une bouée de Sauvetage. Pourtant, je savais que ce n'était pas ce que j'avais envie de vivre. Il manquait la folie, la passion. A seize ans, j'avais déjà I'impression de vivre comme un couple après vingt ans de mariage.
Je suis partie à Paris pour suivre une école supérieure de commerce. Au cours de mon cursus dans cette école, j'ai effectué un stage à Nancy. Je suis revenue à Paris pour une seule journée, pour une formations J'ai rencontré Hervé, I'opposé de Stéphane. Il avait dix ans de plus que moi. Très bien assis professionnellement. Beaucoup de charisme. Et surtout, il a su lire en moi mes pensées et mes désirs les plus secrets dès notre première rencontre, au bout de cinq minutes. Je cherchais quelqu'un pour me tenir lieu de père J'avais besoin de retrouver une certaine forme d'autorité. Il m'a tout de suite imposé sa volonté
J'avais du temps avant de reprendre le train pour rentrer à Nancy. Il m'avait abordée sur les Champs-Elysées, alors que je regardais les cinémas en me demandant quel film aller voir. Il m'a pratiquement emmenée de force dans une salle de cinéma. Le film était commencé depuis un quart d'heure à peine qu'il m'a demandé d'aller aux toilettes pour enlever ma Culotte. J'étais sur le point de m'enfuir en courant, mais quelque chose me poussait à rester à découvrir jusqu'où je pouvais aller. C'était une sorte de défi que je me lançais. J'étais décomposée, blanche comme un linge, je tremblais. Si j'avais tué quelqu'un, je n'aurais pas été dans un état pire. Nous nous sommes embrassés, il m'a caressée. . .
Il m'a emmenée à la gare en taxi. Je ne savais ni son prénom ni son adresse. Je ne savais rien de lui, mais j'étais sûre d'une chose, c'est que j'avais envie de me donner à lui. Non seulement mon corps, mais aussi mon âme.
A LA FOIS SUR UN NUAGE... ET MORTE DE PEUR.
évidemment, après cette rencontre mes relations avec Stéphane se sont dégradées. Il m'apparaissait ennuyeux, renfermé dans ses habitudes. Je me sentais de nouveau prisonnière, comme je l'avais été avec mes parents.
J'ai eu la surprises quelques semaines plus tard, de recevoir un appel d'hervé, qui avait subtilisé une de mes Cartes de visite dans le cinéma. Lorsque j'ai reconnu
sa voix, c'est comme si J'avais reçu un coup de poing dans le ventre. J'étais sur un nuage, et en même temps morte de peur. Nous ne nous sommes pas revu tout de suite, mais j'ai eu la possibilité de lui écrire. Au fil de mes lettres, tout ce que je n 'avais jamais voulu m 'avouer devenait limpide comme de l 'eau: J'avais envie qu'il m'ordonne, j'avais envie de lui obéir,j'avais envie qu'il me façonne, et c'est ce qui s'est passé.
De retour à Paris après mon stage j'ai commencé à le voir régulièrement, mais trop peu à mon goût: une fois par mois environ. En fait, il travaillait en Espagne. Entre ses appels, je ne vivais plus.
UNE SIMPLE MARIONNETTE ENTRE SES MAINS
Pour lui et devant lui, j'ai fréquenté la plupart des boîtes échangistes de Paris. Je me suis exhibée dans des lieux publics. Je me suis offerte à des inconnus. Je me sentais quelqu'un d'autre. Un peu comme un dédoublement de personnalité. Quand j'étais avec lui j'aurais pu accepter n'importe quoi, même si le lendemain matin, cela me dégoûtait et me donnait la nausée. Je m'en foutais, parce que j avais passé la soirée avec lui. En même temps, aussi paradoxal que cela puisse paraître je ne l aurais sans doute pas aimé autant s'il ne m'avait pas demandé tout cela.
J'avais honte de le laisser m'avilir, mais il a été en quelque sorte le prétexte que je recherchais C'était une envie que j'avais au fond de moi, de me dégrader ainsi (cela aurait pu être par l'alcool, par la drogue). Une envie profonde que je n'aurais pais pu assouvir de ma propre initiative. Je me suis servie de lui contrairement à ce qu'on pourrait croire. J'avais toutes les audaces, puisque je n'étais pas responsable, puisque c'était lui qui me l'imposait. J'étais tombée très amoureuse d'Hervé. J'aurais voulu partager sa vie, m'installer avec lui, mais il a toujours refusé. Je n'étais entre ses mains qu'une marionnette, dont il se servait quand il en avait envie, mais avec laquelle il ne souhaitait rien construire.
Sa présence, son influence étaient tellement fortes que cela à conduit à la fin de mon histoire avec Stéphane. Comme Hervé ne voulait pas entendre parler d'une vie de couple et que j'avais tout de même besoin d'une présence stable à mes cotés, j'ai eu plusieurs liaisons avec des jeunes hommes de mon age très amoureux de moi, dans lesquelles j'avais plutôt l'ascendant. Je les ai ait souffrir énormément... comme j'avais le pourvoir, cela ne m'intéressait pas. Je ne trouvais pas mon compte. Je continuais à voir Hervé à l'insu de mes divers compagnons.
Fin 1993 j'avais à l'époque vingt et un ans, j'ai fait la connaissance de Christophe. Nous avons vingt et un ans de différence. Il était marié, père de jumeaux. C'était un coureur de jupons invétéré (Elle rit). A ma plus grande surprise, il s'est révèle très exigeant. Alors que je ne voyais dans notre histoire qu'une aventure passagère, puisqu'il était marié, il s'est énormément impliqué tout de suite avec moi. Comme Hervé, il a senti que je cachais quelque chose, qu'il y avait un problème.
Il est très perspicace. Il me questionnait, il disséquait mon emploi du temps. Dès qu'il mettait le doigt sur un détail qui ne collait pas, il insistait jusqu'à ce que j'avoue la vérité. J'ai dû lui raconter l'histoire avec Hervé, qui durait encore épisodiquement. Je lui ai raconté ce que nous avions fait, ce que j'y trouvais, ce que je recherchais même si moi-même je ne savais pas trop lui expliquer, mettre les mots sur mon comportement. Je le vivais, mais l'expliquer à quelqu'un, c'était autre chose. J'allais un peu l'impression de me trouver sur le divan d'un psychanalyste.
M'ANÉANTIR POUR RENAiTRE DE MES CENDRES.
Sa réaction à été immédiate: je devrais cesser de voir Hervé, brûler tout ce qui me rattachait à lui. Je ne me suis pas révoltée, j'ai fait ce qu'il voulait. Pourtant, je n'avais pas de Comptes à lui rendre; qui était-il pour me demander tout cela? Je me suis soumise. C'est cette manifestation d'autorité, cette intransigeance, qui a fait que, d'une aventure, nous sommes rentrés dans une histoire d'amour.
Cesser tout contact avec Herve c'est révélé difficile. Il a changé d'attitude à mon égard: tant que je le poursuivais, il me fuyait; mais quand il a vu la concurrence, il est devenu pressant. Il a commencé à m'accorder par bribes ce qu'il me refusait auparavant. Pour la première fois, il m'a proposé de venir le rejoindre en Espagne. J'ai acheté un billet d'avion pour Madrid et raconté une fable a Christophe. Il n'y a pas cru, m'a laissée m'enfoncer dans mon mensonge, puis m'a annoncé qu'il me quittait. A cet instant précis, j'ai pété les plombs. J'ai voulu me jeter sous le métro. Puis j'ai passé trois jours à Sainte-Anne. J'avais l'impression que ma vie était terminée.
A ma sortie Christophe m'attendait. Nous avons laissé passer quelques temps sans reparler d'Hervé, mais c'était toujours entre nous comme une tumeur qu'on n'arrive pas à ôter. Christophe a quitté sa femme. Nous nous sommes installés ensemble. Nous nous déchirions sans arrêt à propos de n'importe quoi. Il fallait réussir à crever l'abcès. Il voulait comprendre. Je n'arrivais pas a lui expliquer. Je lui disais que je l'aimais mais que j'avais aussi besoin de vivre cet aspect sombre de moi, ce qui se passait avec Hervé. Pendant cette période très difficile, nous nous sommes quittés plusieurs fois, mais nous ne parvenions pas à vivre l'un sans l'autre. (Christophe m'a poussée à suivre une psychothérapie, dans laquelle je n 'arrivais pas à m'impliquer. Je désirais être comme le phénix, m'anéantir pour renaître de mes cendres. Le chemin de ma destruction, je le connaissais.
Cette période noire a duré un an. Elle a cessé le jour où Christophe m'a avoué que, lui aussi, voulait explorer cette voie. Avec moi, il avait trouvé son double. Nous étions tombés d'accord sur le fait que notre existence actuelle n'était plus vivable et qu'il nous fallait, pour sortir de l'impasse, trouver un exutoire. Un jour, le déclic a eu lieu; pourquoi ne pas en faire un jeu? Si nous arrivions à mettre en scène les rancunes, la haine parfois, la passlon que nous avions l'un envers l'autre, alors nos tensions s'évanouiraient Nous ne savions pas trop où aller, comment exprimer ce trop plein d'amour et de violence. Même si j'avais connu les prémices de cette sexualité avec Hervé, Christophe ignorait tout de ce monde-la. Il avait cela en lui, mais il l'ignorait. Au départ, il l'a uniquement fait pour moi. Il ne voulait pas que je continue à voir Hervé. "Si tu en as vraiment besoins autant que je t'accompagne plutôt que tu ailles le chercher ailleurs." Nous avons alors découvert ensemble ce que nous aimions.
J'AVAIS QUEIQUE CHOSE A EXPIER.
Notre première démarche, cela a été de nous lancer dans l'échangisme. Nous avons vite vu que ce n'était pas du tout ce que nous cherchions. Retour à la case départ. Au cours d'une rencontre avec d'autres personnes "libertines", un monsieur m'a attachée et m'a caressée avec un martinet. Cette sensation m'a beaucoup plu. De retour à la maison, nous en avons longuement parlés. Nous avons fait le rapprochement avec mon besoin de subir l'autorité.
Il y a deux points capitaux dans le fait que je sois soumise. Un, je réclame que l'on exerce un pouvoir sur moi. Je le vis comme une manifestation d'amour. Soit je ne suscite que de l'indifférence, soit je suis en situation d'obéissance. Le deuxième point, c'est que j'ai toujours été mal dans ma peau. Comme si je n'avais jamais mérité l'amour qu'on pouvait me donner, comme si j'avais une faute à expier, à me faire pardonner. (Je peux faire une parenthèse sur mon père? Je l'ai compris plus tard, mais à un moment de mon enfance, je pouvais avoir sept ou huit ans, mes parents ont failli se séparer. Je n'ai pas essayé de leur dire: "Restez ensemble." La seule chose que je voulais, c'était vivre avec mon père. Il a refusé: "Non, non tu iras avec ta mère, elle s'occupera mieux de toi." J'ai toujours cru que c'est parce que je n'avais pas été une bonne fille, parce que je ne l'avais pas assez aimé, parce que j'avais fait quelque chose de mal.)
Quand j'ai découvert que les caresses de martinet m'avaient plu, nous avons réfléchi un peu, Christophe et moi. Il y avait le désir d'autorité et en filigrane, le sentiment que j'avais quelque chose à expier. L'idée de châtiment physiques de punition corporelle, s'est imposée à nous comme une évidence. Notre initiation a été très progressive et s'est plus axée, dans un premier temps, sur la soumission que sur la Souffrance physique. C'étaient des petites choses. Christophe choisissait la façon dont je devais m'habiller pour aller travailler. Je devais lui montrer une certaine déférence toujours m'adresser à lui humblement. Quand je faisais acte de rébellion envers son autorité, il me punissait, mais de façon plus symbolique que réelle.
Peu à peu, J'ai aimé ses coups qu'il me donnait et les ai même réclamés parfois. Quand il me menait au bout de moi-même, quand j'arrivais aux larmes, c'était comme si j'avais été apaisée après un marathon ou une séance de piscine; comme si je m'étais libérée, à travers les coups, de tout le stress que j'avais pu accumuler dans le travail, dans le métro archi-bondé. Je rentrais, j'étais de mauvaise humeur. Christophe disait. "Eh, mais je n'ai pas à subir les conséquences de ta journée de boulot. Mets-toi à genoux et demande pardon."
Nous étions très complices. Lorsque nous nous promenions dans Paris, tout était prétexte au jeu que nous venions de découvrir. Nous allions dans une librairie, nous achetions des livres du marquis de Sade Nous avons acheter mon premier collier dans une boutique pour animaux domestiques, un fouet mexicain dans une boutique d'articles d'équitation, un corset victorien. Nous regardions tout ce qui pouvait être détourné de son usage initial pour servir à nos jeux. Nous nous amusions comme des gamins. Nous cherchions des accessoires des bougeoirs, des sculptures, tout ce qui pouvait avoir un raport avec l'érotisme et plus particulièrement l'érotisme de Sade.
VINGT FOIS PLUS FORT QU'UN ORGASME
Cette évolution a pris six mois ou un an. Lorsque celui que j'appelais désormais mon Seigneur et Maître m'a jugée suffisamment digne et aguerrie pour rencontrer d'autres amateurs, nous avons fait la connaissance de plusieurs couples. Tout d'abord par le biais de services spécialisés du minitel, puis par le bouche-à-oreille. Un couple en fréquente d'autres, on fait une soirée commune... C'est un milieu très fermé où tout le monde se connaît. Nous, et plusieurs autres couples, pratiquons le SM pur. La mise en scène de la douleur, le dépassement de soi, le fait que les personnes soumises dépassent leur propre orgueil. Je suis enchaînée, menottée, à la disposition de mon Maître, qui peut, selon son bon plaisir, me fouetter ou me caresser. J'ai Un bandeau sur les yeux et ignore où frappera le fouet la prochaine fois. J'appartiens à mon Maître. Quand un autre dominant veut jouer avec moi, il doit demander l'autorisation de mon Maître. Les différentes parties de mon corps sont mises en valeur par des cordes nouées extrêmement serré, un serre-taille ou un corset. Les talons vertigineux que je porte m'obligent à courber exagérément les reins.
Il n'y a pas de sexe dans les soirées SM telles que nous les pratiquons. Cela n'a rien à voir avec des partouzes habillées en cuir Les caresses ne sont pas sexuelles. Quand mon Maître me fouette, si vraiment il m'emmène très loin, si ses coups portent vraiment, je le remercie de m'avoir fouettée, puis il caresse les endroits qu'il a frappés pour me remercier d'avoir enduré cela pour lui. C'est un échange. Quand nous jouons seulement tous les deux, il arrive qu'un rapport sexuel ait lieu dans le cadre du jeu. Christophe me force à lui faire une fellation en me tenant par les cheveux, pour reprendre un cliché... Il m'utilise comme une poupée gonflable... C'est une manifestation de pouvoir une attitude machiste. Quand nous avons une soirée à plusieurs. cela reste chaste.
Quand Christophe m'emmène au delà d'un certain seuil de douleur, quand il me suspend par les pieds pour me fouetter, quand je dois aller chercher au fin fond de mes tripes c'est vingt fois plus fort qu'un orgasme. Je reçois un shoot d'adrénaline force neuf sur I'échelle de Richter. Il m'arrive de tomber dans les pommes tellement la tension est forte. C'est cet abandon là que je recherche, cette sensation.
Au moment où je me prépare pour une séance, j'ai l'estomac tout retourné, les mains moites; je suis angoissée, impatiente, excitée. Et puis Christophe joue avec moi, avec des cordes, des pinces, le fouet, la cravache, la cire de bougie. Il m'emmène jusqu'au bout de moi-même. Je me dis: "Ce n'est pas possible je ne pourrai pas aller plus loin", mais j 'y arrive quand même. Même s'il n'y a pas de rapport sexuel, il y a une excitation, une tension qui redescend lentement. Je me sens totalement vidée. Les coups que je reçois les marques que j'examine avec fierté le lendemain dans la glace, cela n'a rien à voir avec le plaisir sexuel. C'est très érotisé, mais pas sexuel. C'est au delà, un voyage dans un autre monde.
Quand Christophe organise une séance, qu'il la prépare pendant deux mois, qu'il la met en scène comme une production hollywoodienne, quand je me prépare, quand il m'emmène dans la voiture les yeux bandés sans que je sache où je vais, quand nous arrivons dans un manoir où il reconstituer le début "d'Histoire d'Ô", je peux vous assurer que faire un câlin, même à l'homme que j'aime c'est très plat à cote. C'est comme si vous compariez les sensations d'un pilote de Formule 1 pendant un grand prix à celles qu'il éprouvent quand il sort la voiture du garage pour aller acheter une baguette de pain.
A part ça, nous avons une vie de couple normale. Sans les séances, nous n'aurions pas pu continuer à vivre ensemble. Nous nous serions détruits l'un l'autre. Le SM a canalisé nos tensions, nos rapports de force. Nous avons une vie de couple plus sereine. Nous sommes sur la même longueur d'onde, nous avons une relation fusionnelle. Dans notre couple, le SM est présent en permanence. Je ne me sépare jamais de mon collier (elle me montre un collier de chien sous son chemisier de soie) je ne croise jamais les jambes je vouvoie mon Seigneur et Maître. Et, chaque matin, pour lui dire bonjour, je m'agenouille à ses pieds et je lui baise la main.
Dans l'intimité, il y a certains soirs où nous avons envie d'un câlin tout ce qu'il y a de plus normal. Parfois, nous entrons dans un scénario. Par exemple, je me mets dans la peau de l'esclave du harem qui doit passer la nuit avec son Sultan. Je peux également prendre du plaisir dans le fait de n'être qu'un objet sexuel, un peu comme quand nous partons dans un simulacre de viol.
LA PLUS BELLE DES PREUVES D'AMOUR
A partir du moment où l'on découvre ce jeu, on est tenté de mettre une étiquette sur les gens que l'on rencontre dans la vie de tous les jours: celle-la est dominatrice, celui-là est totalement soumis. Plus nous avons avancé dans le jeu plus Christophe m'a confié que dans sa vie professionnelle, jamais il ne se laissait marcher sur les pieds; qu'il prenait l'ascendant dans les réunions, que le groupe devait se rallier à sa décision. Il avait toujours eu une attitude dominante. Moi, dans ma vie, je m'étais toujours écrasée, je ne savais pas dire non. Dire non, c'était prendre le risque qu'on ne m'aime pas, qu'on me rejette, qu'on m'isole. Je préférais gommer ma personnalité, effacer mes envies, me faire violence plutôt que de m'affirmer contre quelqu'un, susciter la colère, risquer un conflit. Je ne comprenais pas que je pouvais être moi-même sans m'affirmer contre les autres. Ma soumission, aussi surprenant que cela puisse paraître, m'a permis d'être enfin moi.
Je ne sais pas si nous nous aimons plus qu'un couple "normal". Nous nous aimons différemment, mais je connais peu de femmes qui ont droit à autant d'égards, autant d'attentions que moi. Quand Christophe prépare une séance, c'est vraiment un cadeau qu'il me fait. Quand il passe des heures à peaufiner un décor, à chercher des idées nouvelles pour me surprendre, pour m'emmener encore plus loin dans le don que je lui ai fait de ma personne Pour moi, sa domination, c'est la plus belle des preuves d'amour.
Je suis son esclave, mais il est aussi le mien. Il est lui-même dépendant de ma soumission. Si un jour je décide d'arrêter, pour une raison ou pour une autre, il a beau être mon Maître, il ne pourra pas m'obliger à rester. Cela marquerait la fin de notre amour, car si je ne veux plus lui appartenir c'est que je ne l'aime plus. Et ce jour-là n'est pas pour demain.
Propos recueillis par Jean-Jacques Greif